June 2010
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“Vous les voyez parfois, ces jeunes filles d’un genre singulier qui tremblantes d’émotion, fébriles comme on l’est dans l’attente d’un rendez-vous amoureux, patientent comme elles peuvent, étouffées contre les rampes métalliques dont on borde l’entrée des grands hôtels, dans l’attente du passage de leur idole. Ces jeunes filles qui fondent en larmes après avoir effleuré une main. Qui s’évanouissent pour un sourire et jurent d’une voix étranglée qu’elle ne laveront plus jamais ce pull qu’il a frôlé. La groupie m’a toujours inspiré un profond mépris. Il y a quelques jours, deux éléments concordants sont venus modifier sensiblement ma vision des choses : il y avait cette fille, à la télévision tétanisée pour avoir échanger un mot avec un chanteur vénéré; au même moment, je lisais ces lignes de Théophile Gautier :
“C’est une étrange situation que d’aimer une reine ; c’est comme si l’on aimait une étoile, encore l’étoile vient-elle chaque nuit briller à sa place dans le ciel; c’est une espèce de rendez-vous mystérieux : vous la retrouvez, vous la voyez, elle ne s’offense pas de vos regards! Ô misère! Être pauvre, inconnu, obscur, assis tout au bas de l’échelle, et se sentir le cœur plein d’amour pour quelque chose de solennel, d’étincelant et de splendide, pour une femme dont la dernière servante ne voudrait pas de vous! Avoir l’œil fatalement fixé sur quelqu’un qui ne vous voit point, qui ne vous verra jamais, pour qui vous n’êtes qu’un flot de la foule pareil aux autres et qui vous rencontrerait cent fois sans vous reconnaître! N’avoir, si l’occasion de parler se présente, aucune raison à donner d’une si folle audace, ni talent de poète, ni grand génie, ni qualité surhumaine, rien que de l’amour”*
“Rien que l’amour”. À mon tour, je me suis sentie ridicule. Ce mépris qui me paraissait mérité m’est apparu mesquin, cynique : moquer l’amour quel qu’il soit, voilà ce qui est réellement d’un ridicule suprême. Et je les ai alors trouvé beaucoup plus belles, les groupies. Comme grandies, embellies par cette forme d’amour qui ne peut se permettre une pointe d’espoir. Cet amour infécond qui ne fait que donner. J’aime lorsque la littérature m’amène ainsi, par quelques mots, à dévier de ma vision.” —Les groupies » Cachemire et soie - Blog de fille à Paris, mode, style parisien
“C’est une étrange situation que d’aimer une reine ; c’est comme si l’on aimait une étoile, encore l’étoile vient-elle chaque nuit briller à sa place dans le ciel; c’est une espèce de rendez-vous mystérieux : vous la retrouvez, vous la voyez, elle ne s’offense pas de vos regards! Ô misère! Être pauvre, inconnu, obscur, assis tout au bas de l’échelle, et se sentir le cœur plein d’amour pour quelque chose de solennel, d’étincelant et de splendide, pour une femme dont la dernière servante ne voudrait pas de vous! Avoir l’œil fatalement fixé sur quelqu’un qui ne vous voit point, qui ne vous verra jamais, pour qui vous n’êtes qu’un flot de la foule pareil aux autres et qui vous rencontrerait cent fois sans vous reconnaître! N’avoir, si l’occasion de parler se présente, aucune raison à donner d’une si folle audace, ni talent de poète, ni grand génie, ni qualité surhumaine, rien que de l’amour”*
“Rien que l’amour”. À mon tour, je me suis sentie ridicule. Ce mépris qui me paraissait mérité m’est apparu mesquin, cynique : moquer l’amour quel qu’il soit, voilà ce qui est réellement d’un ridicule suprême. Et je les ai alors trouvé beaucoup plus belles, les groupies. Comme grandies, embellies par cette forme d’amour qui ne peut se permettre une pointe d’espoir. Cet amour infécond qui ne fait que donner. J’aime lorsque la littérature m’amène ainsi, par quelques mots, à dévier de ma vision.” —Les groupies » Cachemire et soie - Blog de fille à Paris, mode, style parisien