(via iamcmlle)
La poésie, c’est l’espace laissé entre les mots.
(via obliteratedheart)
Quand tu aimes il faut partir
Quitte ta femme quitte ton enfant
Quitte ton ami quitte ton amie
Quitte ton amante quitte ton amant
Quand tu aimes il faut partir
Le monde est plein de nègres et de négresses
Des femmes des hommes des hommes des femmes
Regarde les beaux magasins
Ce fiacre cet homme cette femme ce fiacre
Et toutes les belles marchandises
II y a l’air il y a le vent
Les montagnes l’eau le ciel la terre
Les enfants les animaux
Les plantes et le charbon de terre
Apprends à vendre à acheter à revendre
Donne prends donne prends
Quand tu aimes il faut savoir
Chanter courir manger boire
Siffler
Et apprendre à travailler
Quand tu aimes il faut partir
Ne larmoie pas en souriant
Ne te niche pas entre deux seins
Respire marche pars va-t’en
Je prends mon bain et je regarde
Je vois la bouche que je connais
La main la jambe l’œil
Je prends mon bain et je regarde
Le monde entier est toujours là
La vie pleine de choses surprenantes
Je sors de la pharmacie
Je descends juste de la bascule
Je pèse mes 80 kilos
Je t’aime
- Blaise Cendrars, Feuilles de route, 1924
I rarely analyse photographs of Marilyn but this photograph is so significant. At the Actor’s Studio benefit at Roseland Dance Hall in March 1961, Marilyn is appearing at an event that she believes in but she is still out of place. The world is a blur and everything is happening around her, never truly for her.
“It’s terrible to be lonesome especially in the middle of a crowd.”
(via papiermachine)
Cet amour
Si violent
Si fragile
Si tendre
Si désespéré
Cet amour,
Beau comme le jour,
Et mauvais comme le temps
Quand le temps est mauvais
Cet amour si vrai,
Cet amour si beau,
Si heureux,
Si joyeux,
Et si dérisoire,
Tremblant de peur comme un enfant dans le noir
Et si sûr de lui,
Comme un homme tranquille au milieu de la nuit,
Cet amour qui faisait peur aux autres,
Qui les faisait parler,
Qui les faisait blêmir,
Cet amour guetté,
Parce que nous le guettions,
Traqué blessé piétiné achevé nié oublié
Parce que nous l’avons traqué blessé piétiné achevé nié oublié,
Cet amour tout entier,
Si vivant encore,
Et tout ensoleillé,
C’est le tien,
C’est le mien
Celui qui a été
Cette chose toujours nouvelle
Et qui n’a pas changé,
Aussi vraie qu’une plante,
Aussi tremblante qu’un oiseau,
Aussi chaude aussi vivante que l’été,
Nous pouvons tous les deux
Aller et revenir
Nous pouvons oublier,
Et puis nous rendormir,
Nous réveiller souffrir vieillir
Nous endormir encore,
Rêver à la mort,
Nous éveiller sourire et rire
Et rajeunir,
Notre amour reste là
Têtu comme une bourrique
Vivant comme le désir,
Cruel comme la mémoire,
Bête comme les regrets,
Tendre comme le souvenir,
Froid comme le marbre,
Beau comme le jour,
Fragile comme un enfant,
Il nous regarde en souriant,
Et il nous parle sans rien dire,
Et moi j’écoute en tremblant,
Et je crie.
Je crie pour toi,
Je crie pour moi,
Je te supplie,
Pour toi pour moi et pour tous ceux qui s’aiment,
Et qui se sont aimés.
Oui je lui crie,
Pour toi pour moi et pour tous les autres
Que je ne connais pas,
Reste là
Là où tu es,
Là où tu étais autrefois
Reste là,
Ne bouge pas,
Ne t’en va pas,
Nous qui sommes aimés
Nous t’avons oublié,
Toi ne nous oublie pas,
Nous n’avions que toi sur la terre,
Ne nous laisse pas devenir froids,
Beaucoup plus loin toujours,
Et n’importe où,
Donne-nous signe de vie.
Beaucoup plus tard au coin d’un bois
Dans la forêt de la mémoire
Surgis soudain.
Tends-nous la main,
Et sauve-nous.
- Jacques Prévert